Le médaillon
- Nadine Fauré

- 14 avr.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 avr.

Perdre, c’est retrouver. Deux fois.
Ce matin-là, je n’avais pas prévu d’acheter un bijou.
C’était une petite bijouterie, dans un couloir de centre commercial. Beaucoup de choses, et puis, au milieu, ce médaillon. Je ne sais pas vraiment pourquoi je me suis arrêtée sur lui. Ou plutôt si, je sais.
Il y a plus de vingt ans, mon père m’avait offert un bijou. Un peu dans cet esprit. Un jour, pendant un cours, il me gênait, je l’ai enlevé, posé quelque part. On me l’a volé. Je ne l’ai jamais retrouvé.
Et ce matin-là, sans le chercher, je tombe sur celui-ci.
Parfois, on ne sait pas pourquoi mais… on sait.
Je suis allée rencontrer la vendeuse, nous avons parlé. Je lui ai raconté pourquoi je l’achetais. À un moment, elle m’a regardée et m’a dit :
« Je vous ai vue passer… j’adore votre look, vos grandes lunettes. J’aimerais moi aussi… mais je n’ose pas. »
Je lui ai répondu, assez simplement et en souriant :
« Et alors, vous attendez quoi pour oser ? »
Sur le moment, ça m’a paru évident.
Et puis, après coup, je me suis dit que ce n’était pas si simple.
Ce n’est pas seulement une question d’oser. C’est une question de place, de regard, d’autorisation.
Ce que je ne lui ai pas dit, c’est que ma liberté ne vient pas de nulle part. Elle s’est construite, en partie, dans l’absence. L’absence de mes parents, trop tôt dans ma vie. Avec le temps, j’ai compris que cette absence m’avait laissée sans certains repères, sans certains regards à satisfaire. Et que c’est peut-être là que s’est ouverte cette forme de liberté.
Je ne sais pas ce qui, chez chacun, retient ou empêche. Mais je reconnais chez l’autre cet endroit où quelque chose affleure… sans qu’il s’y autorise encore. C’est à cet endroit-là que j’aime tendre la main, pour aider à avancer. Je suis persuadée que cette rencontre aura changé quelque chose dans son regard. Car chaque rencontre vient toucher, réveiller ou déplacer quelque chose en nous.
Je reste persuadée que chacun a le devoir d’accomplir son rêve de vie. Non pas un droit, mais bien un devoir envers soi.
"On n’a qu’une vie."
La phrase est usée, mais elle dit tout.
Et parfois, cela commence simplement par oser un pas.
Et vous, quel sera le vôtre ?
Ce matin-là,
j’ai eu le sentiment que ce médaillon n’était pas revenu par hasard.





