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Essai poétique - L’autorisation intérieure, condition du processus créatif et thérapeutique

  • Photo du rédacteur: Nadine Fauré
    Nadine Fauré
  • 29 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 avr.


Iris photographié, travaillé en miroir et colorisé numériquement.

Les pièces florales retombantes de l’iris servent d’appui

aux insectes pollinisateurs et les guident vers le cœur de la fleur.




Il y a, chez certaines fleurs, une manière particulière de ne pas s’ouvrir d’un coup.


L’iris ne donne pas tout. Il se froisse, se déploie, se replie, comme s’il hésitait entre rester en dedans ou se risquer au dehors. Ses pétales ne sont pas lisses ; ils sont traversés de plis, de mouvements, comme des souvenirs.


On pourrait croire à de la fragilité. Mais c’est autre chose. Une façon de contenir plusieurs états à la fois.


Dans la lumière d’Occitanie, sa beauté ne se donne pas par éclat. Elle se tient dans les passages, dans les nuances. Le violet n’est jamais tout à fait violet ; il glisse vers le bleu, puis vers une blancheur presque transparente. Même la couleur hésite à se fixer.


Cette souplesse n’est pourtant pas une absence de résistance. L’iris pousse dans une terre souvent sèche, là où la lumière, le vent et la chaleur peuvent varier brusquement. Rien, autour de lui, n’est particulièrement doux. Pourtant, la rudesse du milieu ne le raidit pas.


Sa force est ailleurs : dans le rhizome, dans cette réserve souterraine qui lui permet de traverser les saisons, de repartir, de fleurir quand vient le moment. La plante tient par ce qui ne se voit pas d'abord.


Regarder l’iris : entrer dans un mouvement


Regarder l'iris, c'est déjà entrer dans un mouvement. Quelque chose en soi commence à lui répondre : se déplier sans se forcer, laisser apparaître des zones qu’on ne regardait plus, accepter que ce ne soit pas clair, pas défini, fini.


En art-thérapie, on parle souvent d’expression. Mais l'expression ne commence pas toujours par un geste affirmé. Elle peut naître d’un déplacement beaucoup plus discret : l’autorisation intérieure.




Symétrie bilatérale.

La répétition installe un axe, l’écart ouvre la variation.




L’autorisation de ne pas produire une forme stable, lisible, réussie. L’autorisation de laisser venir des contours inégaux, des zones plus denses, des passages presque effacés.


L’iris, en cela, devient un appui. Il rappelle que ce qui se transforme en nous ne suit pas une ligne droite. On ne "devient" pas autre chose d’un seul mouvement. On se recompose, par ajustements successifs, par essais, par écarts. Comme ces pétales qui semblent s’être formés en chemin, sans modèle unique à respecter.


Dessiner cet iris, c’est déjà renoncer à le reproduire fidèlement. On est presque obligé de s’en écarter. Et c’est précisément dans cet écart que quelque chose commence : non pas réussir, mais s’autoriser à chercher.




Cette apparente fragilité qui n’est pas absence de force




La main hésite. Elle teste une ligne, la perd, la reprend autrement. Elle ne corrige pas seulement une forme extérieure ; elle approche une permission intérieure. À chaque essai, quelque chose se déplace : une part de soi, jusque-là tenue à l’écart, peut commencer à apparaître.


Dans mon approche thérapeutique, sensible et créative, le cheminement peut s’inspirer de ce que l’iris donne à voir. Il ne s’agit pas de devenir plus solide au sens où l’on deviendrait fermé, invulnérable. Il s’agit plutôt de découvrir une forme de tenue intérieure capable d’accueillir l’irrégularité. Une forme qui ne cherche ni à se simplifier ni à se conformer, mais qui permet à la complexité d’exister sans perdre sa cohérence. Ses plis, ses contradictions, ses nuances peuvent alors trouver leur place - non comme des failles à corriger, mais comme les signes d’une singularité qui peut enfin se reconnaître.


Je m’autorise.



Pour accompagner cet article, j’ai choisi Revenir, de Didacte.

Musique douce et fragile, elle peut laisser entendre ce qui, en nous, tremble,

se défait, puis est capable de revenir doucement à soi.




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